Sylvain ZALKIND
Président fondateur du COPEF · Cheminot · Expert ferroviaire · Précurseur du retour du tramway en France
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Les origines — Riverain de la ligne de Sceaux
Sylvain était riverain de la ligne de Sceaux à Palaiseau… Cet environnement prédestiné a sûrement influencé son avenir. Après une scolarité à Palaiseau de 1942 à 1947, il intègre le Lycée Saint-Louis de 1947 à 1950.
Une carrière à la SNCF
Sylvain entre ensuite à la SNCF où il fera toute sa carrière. Passionné de chemin de fer, il fréquente toutes les associations connues. Dans les années 1970, il est à la région de Paris Saint-Lazare et s'occupe de la formation professionnelle Exploitation, notamment de la préparation à la formation Cadre à l'École Exploitation du Mans. Plusieurs cadres se souviennent de lui comme examinateur, réputé pour sa rigueur et son impartialité.
Son bureau croule sous les documents qu'il traite quotidiennement et par sa documentation personnelle qu'il y accumule. En 1990, il rejoint la Direction du Matériel, en charge des relations avec le Musée Français du Chemin de Fer et des relations avec les associations préservant du matériel historique de la SNCF.
Cheminot, Sylvain effectue tout naturellement son service militaire dans les régiments du Génie et est affecté en Allemagne à Trèves.
Un passionné des transports urbains et un précurseur
S'il s'intéresse au matériel ferroviaire, il observe que les trains reliant les villes entre elles desservent des centres urbains denses dotés de transports publics. Il constate une profonde inégalité dans les dessertes des villes et considère que les villes moyennes belges, d'Allemagne ou d'Italie possèdent souvent des réseaux de tramways parfois denses remarquables. Il ne cessera dès lors de s'intéresser à ce mode de déplacement, l'estimant loin d'être dépassé.
À chaque déplacement, il enrichit sa collection de documents, de livres et de photos. Il rejoint de petits groupes qui partagent ses convictions. Lorsque le réseau de tramway de Versailles disparaît, il fait partie des créateurs de l'AMTUIR en 1957, pressentant que l'évolution inéluctable des transports conduira à la disparition des matériels anciens.
Dix ans plus tard, il s'implique dans les réflexions sur la modernisation des infrastructures et fonde avec des professionnels et des universitaires le Groupe pour l'Étude des Moyens de Transports Modernes (GETUM), entrant dans le cercle très fermé des experts en matière de transports. Dès lors, avec Jean Arrivetz, Jean Robert, Pierre Zembri, Francis Beaucire, Michel Bigey, Patrice Malterre, René Hulot, Claude Steinmetz et bien d'autres, il sera un acteur incontournable du retour du tramway en France.
Fondation du COPEF — 1972
En 1972, avec la suppression prévisible des Z1500 sur la banlieue Ouest de Paris Saint-Lazare, Sylvain fonde avec une équipe de cheminots le COPEF — Cercle Ouest Parisien d'Études Ferroviaires — avec l'objectif de faire connaître le chemin de fer.
Ces motrices Z1500 seront l'emblème du COPEF, qui éditera des pins à leur effigie pour ses 20 ans. L'association organise de nombreux voyages spéciaux et, bénéficiant de bonnes relations entre la SNCF et la RATP, va rapidement se faire connaître : des rames de TEE aux trains à vapeur, des autorails panoramiques aux premières rames TGV au départ de Châtelet.
On doit aussi à ces excellentes relations l'organisation de nombreux métros spéciaux empruntant les raccordements entre les lignes, permettant de parcourir la quasi-totalité du réseau métropolitain — avec quelques premières dont la circulation de métro Sprague sur la ligne 14.
En 1994, sous son impulsion, le COPEF acquiert une voiture du Capitole de 1970 autorisée à circuler à 160 km/h. Elle parcourra la France jusqu'au Luxembourg et à l'Allemagne, incitant le fabricant de modélisme ROCO à la reproduire en HO et élevant le COPEF au rang d'opérateur ferroviaire dans l'imaginaire collectif.
Expert ferroviaire et gardien du patrimoine
Ses connaissances en matière ferroviaire et de transports urbains sont reconnues à l'échelon national. Il est nommé expert ferroviaire auprès du Ministère de la Culture en 1991. Il est fréquemment consulté par les industriels et les professionnels du ferroviaire.
Sylvain participe activement à la sauvegarde de matériels historiques. Le COPEF est à son initiative propriétaire ou participant à la conservation de :
La motrice de tramway viennois M 4098 (1929) — garée à Reims, restaurée par le COPEF, mise aux normes et agréée RATP, elle a circulé sur le T2 à Paris, à Grenoble et à Bruxelles. Elle est actuellement confiée à Rhône Express à Meyzieu, près de Lyon.
La 2D2 5525 (1933) — classée Monument Historique le 17 mars 1990, remisée au dépôt d'Ivry.
La rame Z5119 — propriété de la SNCF, en cours de restauration à Orléans, classée Monument Historique en décembre 2013.
Il contribue également au classement MH de nombreux matériels ferroviaires, dont des voitures de commandement du 5ème Génie de Versailles, et participe au classement en 2005 du Diplodocus, engin poseur de voie ferrée conçu par le 5ème Régiment du Génie en 1958.
Une œuvre écrite et académique
Dès les années 1960, Sylvain commence des collaborations dans les revues de référence : Chemin de Fer (AFAC), Chemins de Fer Régionaux et Urbains (FACS), Transports Urbains (GETUM), Revue Générale des Chemins de Fer (RGCF), La Vie du Rail et Connaissance du Rail.
En 1986, il co-rédige avec Yves Chenel « Les Chemins de Fer » (Que Sais-Je ? n°86, PUF) et avec André Gache L'avenir du rail (Sciences et Vie n°154, 1986).
En 2018, il préface l'ouvrage de Sébastien Gardon, 40 ans de tramways en France (éditions Libel). En 2019, il publie avec Christian Buisson Les Tramways de Flandre (en Belgique) aux Éditions Sutton.
La transmission — Un héritage vivant
Président fondateur du COPEF, Sylvain prépare la relève, devient Président d'Honneur et passe le flambeau à une équipe présidée par Guillaume Michel. Il continuera jusqu'à la fin à être associé à la vie de l'association.
En 2007, la FACS crée avec le COPEF et la plupart des associations de chemins de fer touristiques l'UNECTO, pour partager les expériences relatives à la gestion et l'exploitation de lignes.
Un hommage mérité
Sylvain est décédé en 2021. Avec sa disparition, le monde ferroviaire perd un précurseur qui avait pressenti le retour du tramway en France des décennies avant qu'il ne se réalise.
Dans les années 1960, il ne restait que 3 villes françaises à conserver le tramway. Sylvain aura vu le retour du tram dans 27 autres villes, les réseaux passer de 26 km en 1960 à plus de 880 km aujourd'hui, et la création de 8 réseaux de métros : Lyon, Marseille, Lille, Orly, Toulouse, Rennes, Roissy…
Nous perdons aussi et avant tout un ami, une forte personnalité avec son humour, ses passions, ses coups de gueule — mais aussi son humanité, son enthousiasme, un grand voyageur toujours prêt à prendre le large.